L’agent du progrès
Les designers d’intérieur sont venus faire un tour par chez nous sur notre quart. Ils ont vite été consternés par la couleur de nos cubicules mals assortis. Et parce qu’ils ont gémit, nous allons bientôt pouvoir travailler entre des murs organiques! Ce ne sera pas des murs goinfres. On les nourrira seulement de lumière, de gaz carbonique et d’un peu d’eau — très peu d’eau, à ce qu’il parrait. On a tous si hâte qu’on n’a même pas amené le sujet des allergies.
La direction a jugé que l’investissement en vallait le coup: les environnements organiques sont connus pour réduire les risques de dépression et l’intégration de nouveaux employés occasionne toujours des coûts faramineux. C’est vraiment mieux pour tout le monde quand on choisit d’investir dans l’environnement.
Ceci dit, j’ai passé la journée à me débattre avec notre système d’assurance qualité à l’interne. Pendant des années, je me suis tué à répéter qu’il était dû pour une mise à niveau. Ce programme nous rend tous fou. Depuis peu, c’est Jonathan, le nouveau, qui a pris la relève d’émettre les signaux de détresse. Il m’a demandé de quelle couleur je pense qu’on devrait le peinturer pour qu’on se charge enfin de s’en occuper.
On la rira jaune longtemps, celle-là.
