L’ordre des grandeurs

La crise semble s’être résorbée. Le méfait d’activisme a été retracé à l’intervention d’un jeune chimiste isolé, Théophile D’Arcy, qui partira sur la prochaine navette. On ne croit plus sérieusement que la sécurité de la base aie réellement été menacée, mais son acte d’inconscience aura causé beaucoup de mal pour peu de choses. Assez pour mériter une sortie de la mairesse:

«Dans un environnement aussi sensible que le notre, où une simple perturbation, aussi bien intentionnée soit-elle, peut rompre notre équilibre vital, il revient au devoir de chacun de considérer l’impact de son jugement personnel dans le cadre global du bien être de la collectivité. On ne peut évidemment pas tous être en harmonie avec les opinions politiques de son voisin, mais il y existe des manières beaucoup plus constructives de manifester son désaccord. Notre organe politique est un système perfectible. Vous avez la chance, le privilège, de vivre sous une démocratie participative, une structure politique vivante, qui a sû mettre à votre disposition d’innombrables canaux pour accueillir vos suggestions. Je vous prie, au nom de tous ceux et celles qui ont craint pour leur sécurité au cours des derniers jours, d’investir l’effort de vous approprier de ces mécanismes avant de vous astreindre à vous y opposer. C’est votre droit, c’est aussi votre devoir de vous impliquer en tant que citoyen. Je tiens et j’insiste à vous le rappeler: nous comptons toujours sur votre subvertion pour, qu’ensemble, on puisse continuer à bien grandir.»

Le discours a généralement bien été reçu, sinon qu’elle s’est amplement ridiculisée en période de questions en proclamant tout haut «qu’aucune preuve scientifique valable n’a été produite hors de tout doute sur les dommages de la privation d’oxygène en milieu spatial.» Avec une telle pièce d’anthologie, on pourrait virer tous les caricaturistes du monde et la politique resterait toujours aussi drôle.

Cette transmission n'a pas sû provoquer la moindre réaction.

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