L’homme à machiner
J’ai un collègue : un homme polyvalent, plutôt intelligent, relativement cultivé, pas mal instruit. C’est lui qui s’occupe des ordures. Par ordures, j’entends que c’est à lui qu’on se réfère dès qu’on a un problème technique : Il trouve rarement les solutions du premier coup, mais il en vient à toujours bout… avec du temps. Quand il performe mal, il donne toujours la même excuse : «Je suis un ingénieur en robotique répartie; pas un technicien en pourriel!» C’est pour ça qu’on l’appelle «Scotty», et qu’on sourit en lui donnant une tape sur le dos pour lui rappeler qu’il peut accomplir n’importe quoi.
Scotty, ça aurait pu être moi. Le jour où j’ai commencé, on m’a aussiôt demandé si je savais comment faire marcher la machine à café. J’ai répondu que non, que j’étais allergique. Ils ont donc passé la tâche à Scotty. Si ce n’était pas de mes allergies, je serais devenu indispensable, et j’aurais oublié de quoi j’étais capable.
Scotty, c’est un peu notre interface personne-machine du laboratoire. Il comprend nos besoins et il fait marcher les appareils. Même si la technologie est facile d’accès, son utilisation judicieuse est rendue tellement complexe qu’il nous faut un expert rien que pour s’occuper des tâches les plus domestiques. Scotty me fait un peu pitié, mais c’est la seule personne au bureau qui parviendrait à ouvrir le frigo et à réguler le flux d’oxygène de la place en cas de panne d’ordinateur.
Il n’y a rien de plus ennuyeux que de réguler un flux d’oxygène.
