Les voyageurs du slomo

Deux heures de ma vie se sont évaporées hier pendant que d’autres gens, ailleurs, poursuivaient des activités plus constructives. Décidément, la procrastination ne fait pas de discrimination. Les habitants du ralenti ne sont pas seuls à tomber victimes de leurs égarements.  Elle arrache des heures de vies à tous ceux qui croient tomber sur un filon divertissant à explorer.

En bout de compte, toutes les heures que j’aurai écartées en suivant le cours normal du temps ne seront pas moins perdues que celles qui ont été volées à Robert Robert pendant qu’il était affairé à repousser ses engagements. Je n’ai pas à m’attrister de son sort; pas plus que j’ai à m’attrister devant le prochain vieillard. Il les a bien vécues, toutes ces années, à se la couler douce pendant qu’on était tous occupés à courir. Je devrais plutôt envier son privilège d’arriver avant tout le monde après un long détour, de quitter son laboratoire après des mois de jeux et de recherches et de retrouver le bon vieux monde extérieur dans le même état qu’il l’avait laissé, de vivre sans avoir l’urgence à ses trousses.

Et qu’est-ce qui nous prouve qu’il voyageait seul? Je serais bien curieux de connaître les dates de naissance des petits monsieurs et petites dames du complexe T, où Robert Robert passe plus de temps qu’il n’en déclare. Qu’est-il arrivé à la fillette qui lui tournait autour en première année d’université? Quelle différence d’âge ont-ils aujourd’hui? Je me demande bien ce qu’ils peuvent faire de tous leurs moments si dilatés, là-bas, les petits vieux. Est-ce qu’ils en profitent pour devancer le progrès ou bien pour jouer au bingo?

Cette transmission n'a pas sû provoquer la moindre réaction.

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