L’évasion des idiots bioniques

J’étais étendu dans le fauteuil du médecin, comme à tous les mois, pour mon examen de maintenance habituel. L’informier vérifiait l’état de mes piles, de mes senseurs et de mes divers co-processeurs pendant que je fixais le plafond comme une carpe en essayant de ne pas trop interférer avec mes circuits. Et soudainement, je me retrouve avec cette vieille nausée, juste au moment où il me déconnecte, quand on se détache du réseau et qu’on se rend compte qu’on est finalement rien qu’une boule de chaire seule, mortelle et accessoirisée. C’est la même inquiétude d’antemps qui refait surface, celle qui me hante depuis l’âge de huit ans, d’en ce jour où mes implants ont cessé de fonctionner à cause d’une nouvelle norme nationale: sans gadget, je suis un infirme.

Qu’est-ce qu’on serait sans prothèses? On en dépend à tel point qu’on les diagnostique plus souvent que soi-même. On tient tant à ce que notre techno s’interface avec tout ce qui sort de neuf qu’on s’équipe, par crainte d’obsolescence, en fonction des plans d’affaires de nos fournisseurs. Desfois, j’ai l’impression de m’effacer derrière mes extensions. Quand je pense à toutes les tâches que je délègue à mes circuits spécialisés, mes cogitateurs, mes vérificateurs, mes indexeurs, je me demande quelle est vraiment la contribution que j’apporte, par moi-même, dans mon travail et ma vie de tous les jours.

Ça me rappelle cette brève invasion de 2034 où des rats de laboratoire sont parvenus à prendre le contrôle d’une base militaire en Ohio parce qu’on leur avait appris à commander un ordinateur qui avait été branché sur un système de défense. Ces rats là n’étaient pas moins bêtes que les autres, mais ce samedi là, ils étaient à armes égales — ou supérieures — avec les humains. Enfouis sous la technologie, ils étaient plus forts que jamais. Une fois débranchés, ils sont retournés vivre le même combat, entre eux, sur une échelle animale.

Quand on vit sur la Lune, on ne peut pas espérer retourner vivre comme nos ancêtres sans souffrir de vertige et d’asphyxie. On peut juste embrasser sa déconnexion d’avec le passé et foncer droit vers l’avant.

Une seule réaction

  1. J’aime bien tes textes.

    Continues à écrire, c’est très interessant cette vision du futur. Je t’invite à voir la vidéo sur le blogue de l’écrivain Jean-Simon Desrochers (http://jsdrblog.blogspot.com/2007/06/le-digital-avenir.html).

    Enfin, bref, je crois que ça peut t’inspiré.

    À bientôt.

    Tristan Rêveur - 22 juin. 2007 at 21h36

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