Les inconséquences calculées

Si le dernier siècle nous a appris une chose, c’est bien que l’humanité préfère de loin composer avec les conséquences à les éviter. Du moins, il semblerait que ça soit l’opinion la plus généralement en vogue en ce premier quart du 22e siècle… Qui, en l’an 2000, aurait cru qu’on allait un jour célébrer la surpopulation, le réchauffement climatique et l’érosion des valeurs humanistes comme autant de victoires sociales et économiques? Pourtant, devant tout le fatalisme qui traversait cette époque, l’optimisme s’imposait: on a donc cessé de se battre contre nos défaites et choisi d’accueillir le changement, quel qu’il soit, comme une opportunité. Aujourd’hui, le consensus demeure que nos mentalités ont évolué.

D’accord, sans le réchauffement climatique, on ne serait jamais arrivés si facilement à apprivoiser des environnements aussi inhospitaliers que le vide et l’apesanteur. Les facilités que nous sommes parvenus à développer dans cette lutte pour notre survie nous permettraient maintenant de vivre presque n’importe où, à l’écart de l’écosystème qui nous a donné la vie. Mais, fiers de ce succès, on s’est vite détourné de la Terre et l’humanité a découvert sa destinée dans les étoiles. Quand on sait qu’un jour, en dehors du système solaire, on parviendra à retrouver une Terre qui répondra à nos constitutions uniques, on ne peut plus parler de progrès. On tombe dans la mythologie.

On ne peut pas nier que nos mentalités aient changées: d’un côté, on s’est plié aux petites contingences du monde; de l’autre, on s’est inventé des espoirs lointains, comme pour mieux tourner le dos à ce qu’on a sacrifié. On a simplement choisi de croire à l’avenir qu’on a halluciné.

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