De la Lune à la Terre

Ça fait déjà cinq ans qu’Alis et moi, on habite le grand cube lunaire. La Terre nous manque, mais jamais autant que la forme physique qui nous permettrait de revenir à la maison. Nos corps remodelés par la force d’attraction du petit globe sont rendus trop faibles pour bien supporter la gravité terrestre. Alors, on vit chez soi à distance, en important ce qu’on peut des catalogues terriens et en faisant son possible pour terraformer les racoins de nos quartiers cubiculaires. D’une certaine manière, la vie sur la Lune n’est pas très différente de vie la moderne sur la Terre en plein hiver…

Et comme de l’hiver, on espère périodiquement en revenir, mais on s’entraîne rarement à se tenir en forme. À vrai dire, on est tellement tous occupés ici à se tenir à la fine pointe dans nos métiers respectifs qu’on travaille surtout à ne pas partir. Alis est xéno-botaniste et, moi, je programme l’évolution d’automates semi-autonomes. On adore chacun son travail et on est très reconnaissants d’avoir une si belle opportunité de se distinguer. Comme tout le monde ici, nous sommes des passionnés. Avant d’être des travailleurs, on est des hobbyistes, à temps plein; on ne s’offre donc pas souvent le choix de faire du sport pour se diversifier.

On sera pourtant bien obligés de s’entraîner, un jour, avant de partir, quand nos cerveaux ne seront plus assez adaptables pour faire l’affaire. À partir de notre avis de licenciement, on aura six mois pour se mettre en forme avant l’arrivée de la prochaine navette. On nous prévient de nous y prendre tôt, parce qu’un corps, aussi, ça vieillit.

Malgré toutes les réserves qu’on y connait, la vie lunaire se porte bien. Il ne se passe pas un jour sans qu’on change un paramètre au monde d’hier. Sous de telles contraintes, on se laisse prendre plutôt facilement à cette douce illusion qu’on aime tant partager: d’avancer vers un lendemain meilleur.

Cette transmission n'a pas sû provoquer la moindre réaction.

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